• "Elle avait découvert depuis longtemps qu'on réservait aux femmes qui avaient des opinions le même sort qu'aux mauvaises odeurs. On les fuyait. La mère de Prabha Devi tut ses pensées, comme elle l'avait fait toute sa vie." 

    Compartiment pour dames d'Anita Nair: la voix des femmes indiennes

    Résumé

     Un jour, Akhila décide de partir vers l'extrémité sud de l'Inde, là où se rencontrent l'océan Indien, la baie du Bengale et la mer d'Arabie, pour faire le point sur une vie qu'elle a l'impression de n'avoir pas vécue. Dans le train qui la conduit à destination, elle fait la connaissance de ses compagnes de voyage, avec lesquelles elle va partager toute une nuit l'intimité d'un compartiment pour dames. A travers leurs confidences Akhila cherche la réponse aux questions qu'elle se pose : une femme a-t-elle vraiment besoin d'un homme pour être heureuse, pour se sentir épanouie ? Comment trouver en soi la force de vivre la vie qu'on a choisie, de redevenir maîtresse de son destin ?

    Chronique 

    À 45 ans et après avoir consacré ses jeunes années à prendre soin de sa famille (après la mort de son père), après avoir mis en sourdine sa féminité et ses envies de bonheur, Akhila entreprend un voyage en train, en espérant y trouver la force de changer sa vie. Dans son compartiment, 5 femmes vont partager son voyage pour quelques heures, le temps pour chacune de lui raconter son histoire. 5 destins de femmes qui se ressemblent, divergent, se font écho et aident Akhila à répondre aux questions qu'elle se pose sur son propre destin. 

    Il y a d'abord Janaki, la plus âgée, dévouée corps et âme à son mari et ne vivant que par lui. Par procuration. Confondant sécurité paisible et amour. Il y a Sheela, une jeune fille confrontée au décès de sa grand-mère. Puis, Margaret et son désir de revanche contre un mari qui l'a toujours empêchée d'être qui elle désirait être.

    "L'amour est un liquide incolore et volatil. L'amour enflamme et brûle. L'amour ne laisse aucun résidu: ni fumée, ni cendres. L'amour est un poison déguisé en esprit-de-vin."

     Il y a Prabha Devi qui, après un incident, a refoulé ses désirs de liberté et de modernité pour redevenir la femme que sa mère voulait faire d'elle; pour se demander - plusieurs années plus tard - comment elle avait pu en arriver là et finir par accepter que son mari régente sa vie.  

    "Au cours des nombreuses années qui suivirent, c'est tout ce que fit Prabha Devi. Attendre. Que Jagdish rentre à la maison. Que les bébés naissent. Qu'ils fassent leurs premiers pas, disent leurs premiers mots, remportent leurs premiers trophées... Attendre que quelque chose se passe pendant que sa vie lui filait entre les doigts, dans le brouillard des jours qui se suivent et se ressemblent."

    Enfin, Marikolanthu, marquée par l'impossibilité d'écrire son propre destin face à une famille despotique et par la tragédie du viol.  

    Akhila écoute, Akhila livre son histoire, elle réfléchit, se questionne. Au travers de ces 6 destins croisés, de ce roman polyphonique, l'auteure se fait la voix de toutes les femmes indiennes, de toutes les femmes du monde. La question centrale est de savoir quelle est la place de la féminité et de la liberté féminine dans une telle société. Comment définir son identité? En quelle mesure une femme peut ou ne peut pas avoir la maîtrise de sa propre existence? Le roman aborde la difficulté pour une femme de se définir comme un être à part entière, et pas seulement comme le prolongement de son père, puis de son mari.

     Le ton moderne  du roman contraste avec les traditions rigides de l'Inde contemporaine et les met ainsi en exergue. Compartiment pour dames fait état de la difficulté d'être une femme libre dans une société  régie par les traditions, par les hommes, et où le devoir d'une femme est d'obéir à son mari, de mettre au monde des enfants - et de préférence des garçons, car les filles ne sont qu'embêtements -, d'être une épouse et une mère irréprochable. Anita Nair esquisse un portrait de la condition féminine en Inde, abordant notamment la question des mariages arrangés, mais également des mariages des victimes de viol avec leur violeur pour sauver leur honneur et celui de leur famille. 

    Les histoires de ces 6 femmes sont extrêmement touchantes et portées par un style remarquable. Par ailleurs, ce n'est pas seulement une fiction, mais bien une oeuvre qui donne la parole aux femmes indiennes et permet d'entrevoir la réalité de la condition féminine en Inde. C'est une (re)prise de conscience qui donne envie de s'informer davantage et qui nous rappelle que le féminisme n'est pas un combat d'arrière-garde. 

     Avez-vous lu ce livre? Qu'en avez-vous pensé? 

    À vos plumes ! 

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  • Presque en retard, mais pas vraiment... Voici le "C'est lundi" de la semaine ! 

    La semaine passée j'ai lu: 

    J'étais en vacances et j'ai décidé d'en profiter pour élargir mes horizons... Sortant de 6 années d'université à étudier la littérature avec un grand L (dirons-nous), j'avoue que j'ai quelques fois des œillères en matière littéraire. Mais, à force de voguer sur la blogosphère, j'ai eu envie de me plonger dans quelques romans dont vous dites tant de bien... J'ai donc passé ma semaine de vacances en compagnie de deux romans jeunesse qu'on ne présente plus: 

     

    C'est lundi, que lisez-vous? [2]     C'est lundi, que lisez-vous? [2]

    Ces deux romans sont très différents, mais je les ai aimés tous les deux. Coeur cerise de Cathy Cassidy est un roman qui s'adresse aux jeunes adolescents. Clairement, je n'ai plus 13 ans depuis... bientôt 13 ans!, mais ça a été pour moi un excellent moment de lecture. D'une part, c'est un roman doux, sucré, que vous lisez le sourire aux lèvres et qui vous laisse un petit goût de bonheur simple. D'autre part, je trouve qu'il aborde avec justesse et simplicité des sujets contemporains et universels: le divorce, les familles recomposées, les difficultés de trouver son identité, la cruauté des adolescents entre eux, mais aussi l'amitié, l'amour sous toutes ses formes, l'espoir... Et puis, bien sûr, je me suis un peu revue préadolescente en lisant ce roman et l'héroïne m'a vraiment touchée. Bref, ce premier tome m'a mis l'eau à la bouche, je lirai la suite des Filles au chocolat avec plaisir ! 

    Quant à Nos étoiles contraires (John Green)... Faut-il encore en parler? Je viens de terminer ce roman et je pense qu'il va me suivre pendant un bon moment. C'est un roman poignant, qui aborde un thème horrible (la rencontre entre deux adolescents atteints d'un cancer), mais qui parvient à le faire sans jamais tomber dans le mélodramatique. Je ne sais pas comment l'auteur a réussi, mais c'est clairement réussi. On se surprend à rire à l'humour noir des protagonistes, à leurs blagues sur leur cancer et leur mort prochaine... On suit avec émotion les émois de ces deux adolescents qui, face au premier amour, sont finalement comme tous les jeunes de leur âge... Clairement, on pleure beaucoup aussi (enfin, moi en tout cas). Bref, je ne sais qu'en dire qui n'a pas encore été dit. Et puis, je suis un peu bouleversée, alors le mieux c'est que je vous laisse le lire. 

    Durant mes vacances, j'ai également tenté la chick lit (vous avouerez que cette dénomination ne donne pas franchement envie...) et j'ai lu Confessions d'une accro au shopping de Sophie Kinsella. Lecture plaisante, mais franchement pas une révélation (loin de là). Si vous êtes fan de chick lit et connaissez des romans meilleurs que celui-ci pour que je retente l'expérience, je suis preneuse. Une libraire m'a dit un jour qu'elle pensait qu'on prenait moins les ados pour des imbéciles que les femmes, et c'est un peu l'impression que ces trois lectures me laissent en effet... 

    C'est lundi, que lisez-vous? [2]

     

    Cette semaine, je lis: 

    C'est lundi, que lisez-vous? [2]

    Compartiment pour dames (d'Anita Nair) que j'avais laissé en Belgique et que je vais retrouver avec plaisir ! 

    Mes prochaines lectures: 

    Comme je vous l'annonçais, Le monde de Charlie de Stephen Chbosky et L'amant de Marguerite Duras. Et puis j'ai aussi envie de me lancer (enfin) dans un Zadie Smith, sans doute De la beauté. 

     

    C'est lundi, que lisez-vous? [2]

     Je vous souhaite une belle semaine de lecture ! 

     


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  • Bonjour à tous, en ce lundi matin j'ai eu envie de commencer à répondre à ce rendez-vous bien connu sur la blogo et que j'ai découvert chez Galleane, qui résume d'ailleurs sur son blog toutes les participations.
    Le but est de répondre chaque lundi à trois questions rituelles: 
     
    1. Qu'ai-je lu la semaine passée ?
    2. Que suis-je en train de lire en ce moment?
    3. Que vais-je lire ensuite ?

     

    La semaine passée, j'ai lu:

    Côté roman, La solitude des nombres premiers de Paolo Giordano m'a accompagnée toute la semaine. La chronique est ici. Côté manga (une envie soudaine de m'y remettre ces derniers temps...), j'ai lu le tome 4 de Mlle Ôishi. Si vous avez envie de lire la chronique de cette série, c'est par  que ça se passe. 

    C'est lundi, que lisez-vous ? [1]        C'est lundi, que lisez-vous ? [1]

    Cette semaine, je lis: 

    Compartiment pour dames d'Anita Nair (dans le cadre de mon auto-challenge, mais aussi du challenge D'un pays à l'autre de livraddict). 

    C'est lundi, que lisez-vous ? [1]

    Mes prochaines lectures: 

    Malheureusement, je vais avoir très peu de temps pour lire durant les deux prochaines semaines. Je pense donc que ce roman, avec ces quelques 400 pages, m'accompagnera un peu plus longtemps que prévu... Cependant, voici les lectures qui me font envie pour la suite du mois de juillet: Le monde de Charlie de Stephen Chbosky et L'amant de Marguerite Duras.

    C'est lundi, que lisez-vous ? [1]       C'est lundi, que lisez-vous ? [1]

     

     

     


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  • Bonjour à tous ! 

    J'ai déjà eu l'occasion de vous parler de mon amour du Japon, de sa culture et de sa littérature. Or, un élément incontournable de la culture japonaise est sans conteste le manga. J'en lis peu, mais j'aime en lire ! Aujourd'hui, je vous retrouve donc pour la chronique d'une série en 4 volumes qui m'a fait passer un agréable moment de lecture: Mlle Ôishi de Q-Ta Minami, publié chez Casterman.

     

    Chronique manga: Mlle Ôishi (josei)Chronique manga: Mlle Ôishi (josei)Chronique manga: Mlle Ôishi (josei)Chronique manga: Mlle Ôishi (josei)

    Résumé (du premier volume, histoire d'éviter tout risque de spoiler...)

    Kon, 28 ans, accepte d'emménager avec Henmi, fraîchement divorcé. Son fiancé lui ayant demandé de cesser de travailler, Kon accepte, avant de se raviser. Et bien lui en prit : le jour même où elle est engagée dans une mercerie, son compagnon est licencié ! L'inactivité de son fiancé lui révèle alors un Henmi inattendu : endetté jusqu'au cou, et plus présent auprès de ses enfants que de sa petite amie...

    Chronique

    J'ai trouvé ce manga au complet et d'occasion dans les rayons d'une bouquinerie. Je n'en avais jamais entendu parler, mais vu le prix très démocratique (et l'édition Casterman, qui est souvent bon signe pour les mangas...), je me suis laissée tenter et je ne le regrette pas. 

    Ce manga est un josei: un manga pour les jeunes femmes. On suit en effet les aventures d'une jeune trentenaire, qui tente de construire l'adulte qu'elle est en train de devenir et de trouver l'équilibre tant escompté entre vie sentimentale et vie professionnelle. Les aventures amoureuses sont donc au centre de ce titre, qui en envisage les travers, mais aussi les douceurs. Selon moi, la force de ce manga réside dans le fait que l'auteur propose une héroïne moderne, mature et humaine, avec ses doutes, ses défauts, ses failles... Une héroïne d'aujourd'hui qui s'interroge sur les questions d'aujourd'hui: les relations homme-femme, la place de la femme dans la société moderne, la solitude, le besoin d'être aimé... Au long des tomes, Mlle Ôishi parvient à se prendre en main, à décider seule de son avenir, à devenir l'adulte qu'elle désire être, en laissant petit à petit plus de place à ses rêves. Une lecture que je conseille donc à toutes celles qui (comme moi) commencent à construire leur vie d'adulte... Les dessins sont d'ailleurs très jolis ! 

     

    Et vous, lisez-vous des mangas? Des séries  à conseiller? 

     


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  • "Mattia et elle étaient unis par un fil élastique et invisible."

     

    La solitude des nombres premiers, de Paolo Giordano

    Résumé

    Les nombres premiers ne sont divisibles que par 1 et par eux-mêmes ; soupçonneux et solitaires, certains possèdent cependant un jumeau dont ils ne sont séparés que par un nombre pair. Mattia, jeune surdoué, passionné de mathématiques, en est persuadé : il compte parmi ces nombres, et Alice, dont il fait la connaissance au lycée, ne peut être que sa jumelle. Même passé douloureux, même solitude à la fois voulue et subie, même difficulté à réduire la distance qui les isole des autres. De l'adolescence à l'âge adulte, leurs existences ne cesseront de se croiser, de s'effleurer et de s'éloigner dans l'effort d'effacer les obstacles qui les séparent. Paolo Giordano scrute avec une troublante précision les sentiments de ses personnages qui peinent à grandir et à trouver leur place dans la vie. Ces adolescents à la fois violents et fragiles, durs et tendres, brillants et désespérés continueront longtemps à nous habiter.

    Chronique 

    Ce roman est un roman sur les blessures de l'enfance, de l'adolescence, et sur les traces indélébiles que celles-ci peuvent laisser en nous. Il nous fait découvrir deux personnages aux trajectoires croisées. D'abord, Mattia, jeune adolescent - puis adulte - hanté par la disparition de sa sœur handicapée mentale dont il se sent responsable. Puis, Alice, jeune fille à la jambe gauche boiteuse depuis un accident de ski datant de son enfance et dont elle tient son père pour responsable. La solitude des nombres premiers est divisé en sept parties, qui nous font découvrir des fragments de vie de ces personnages de l'enfance à l'âge adulte (entre 1983 et 2007), avec des ellipses plus ou moins longues. 

    Le roman commence donc sur un événement de leurs enfances respectives (une disparition et une chute) dont on comprend qu'il va bouleverser leur vie à jamais, mais dont le dénouement reste en suspens. On les retrouve ensuite adolescents, dans le même lycée, où ils finiront par se rencontrer. Tous deux semblent complètement inadaptés au monde. Où est-ce le monde et les autres qui le sont? Tous deux sont hantés par cette journée d'enfance sur laquelle le lecteur n'en sait toujours pas plus. Nous découvrons petit à petit des bribes, des indices... en même temps que les personnages qui croisent la route des deux protagonistes. 

    "Les années de lycée avaient constitué une blessure ouverte, que Mattia et Alice avaient jugée trop profonde pour qu'elle cicatrise. Ils les avaient traversées, en apnée; lui, refusant le monde; elle, se sentant refusée par le monde, et ils s'étaient aperçus que cela ne faisait pas beaucoup de différence."

    C'est un roman triste, assez dur, mélancolique, écrit avec une plume incisive, précise et très fluide. Un roman poignant, qui ne laisse pas indemne. Il aborde des thèmes assez violents comme l'automutilation et l'anorexie, la violence des adolescents entre eux, l'inexorable solitude... Le lecteur suit en effet le parcours de deux écorchés vifs, qui font l'expérience d'une double solitude: solitude dans leur vie sociale (caractérisée à l'adolescence par le rejet des jeunes de leur âge) et solitude dans leur vie familiale (car, les blessures de l'enfance rendent leurs relations avec leurs proches impossibles à dénouer). Malgré ces thèmes délicats, l'auteur ne tombe jamais dans le mélodrame - et c'est sans doute la plus grande force du roman. Il donne peu d'explications sur les blessures des personnages, ne cherche pas à les juger et se positionne à une certaine distance de ces protagonistes. Cela lui permet de proposer au lecteur des pistes, de lui laisser le choix, de le laisser se questionner sur les blessures de l'enfance, de l'adolescence, sur l'incommunicabilité. Il ouvre la porte à la réflexion et c'est au lecteur de s'y engouffrer, de proposer sa lecture du roman. 

    Ce roman ne fut pas un coup de cœur pour moi, mais je suis heureuse de l'avoir lu. J'ai été prise dans l'histoire, touchée par les personnages et les thèmes abordés. Si je ressors un peu triste de cette lecture, j'en ressors également heureuse des questions qu'elle a pu susciter en moi. Avec franchise et précision, ce roman pose en effet des questions qui me semblent essentielles, humaines, intemporelles, et qui peuvent tous nous toucher. J'avoue que j'ai été déçue par la fin, mais cela est tout à fait subjectif ! Je vous recommande cette lecture. Cependant, lisez ce roman dans un bon jour, car ce n'est pas vraiment ce que l'on pourrait appeler un roman anti-déprime... 

     Avez-vous lu ce livre? Qu'en avez-vous pensé? 

    Avez-vous envie de le lire? 

    À vos plumes ! 


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